Notes sur Noëtra dans la grange, insérées à l'intérieur de la pochette
Cette compilation célèbre les cinquante ans de la formation du groupe Noëtra, un groupe de rock progressif des années 1970, essentiellement connu pour ses enregistrements réalisés dans une grange qui leur servait de local de répétition. L'activité du groupe n'a que rarement dépassé les frontières de la commune de Ceyssensac, en Dordogne, dans le sud-ouest de la France. J’ai eu la chance de diriger ces enregistrements en tant que guitariste, compositeur et opérateur d'un magnétophone Revox, ce qui m'a permis, après quelques tâtonnements, de capturer l'essence de leur musique. Mon livre, À prétendre s'en détacher, accompagne la sortie de la compilation et retrace toute l'histoire dans les moindres détails. Le livre est disponible sur ma page Bandcamp.
Je tiens à rendre hommage à Bernard Gueffier, le manager des Disques Muséa, qui, en 1992, a pris en charge la première édition du corpus Noëtra, après l'échec, en 1981, d'un projet de disque avec le label allemand ECM.
Cette compilation regroupe un choix personnel de morceaux issus de deux des quatre CD édités par Muséa : Neuf songes et Définitivement bleus. Les morceaux Noëtra et Printemps noir y apparaissent pour la première fois dans leur version non coupée et restaurée. La photo de la couverture est un retirage haute définition du négatif original de François Lapouge.
Notes on Noëtra dans la grange, placed inside the sleeve
This compilation celebrates the fiftieth anniversary of Noëtra, a progressive rock band from the 1970s best known for their barn recordings. The band's activities rarely extended beyond Ceyssensac, a commune in the Dordogne region of southwestern France. As the guitarist, composer, and Revox tape recorder operator, I had the good fortune to oversee these recordings. After some trial and error, I managed to capture the essence of their music.
My book, The Story of a French Musician of the ‘70s, goes along with the release of the compilation and recounts the entire story in detail. The book is available on my Bandcamp page.
I would like to pay tribute to Bernard Gueffier, the manager of Disques Muséa. In 1992, he took charge of the first edition of the Noëtra corpus after a record project with the German label ECM failed in 1981.
This compilation brings together a personal selection of tracks from two of the four CDs released by Muséa: Neuf songes and Définitivement bleus. The tracks "Noëtra" and "Printemps noir" appear here for the first time in their uncut, restored versions. The cover photo is a high-definition reprint of François Lapouge's original negative.
Notes sur Noëtra dans la grange (2)
Alors que je replongeais dans les archives audio du groupe, je constatai qu’en réalité, assez peu de leur musique avait échappé à la publication.
En 1992, un passionné de rock progressif, qui possédait une cassette de Noëtra acquise de façon rocambolesque, a contacté la maison de disques Muséa, alors dirigée par Bernard Gueffier. Après avoir écouté la cassette, Muséa a décidé de prendre en charge la publication de l'œuvre du groupe. À l'époque, la belle idée de Bernard était de respecter, dans la mesure du possible, les désirs et les volontés des artistes. Après de longues discussions, le travail s'est déroulé selon mes indications très précises. Malheureusement, cette publication, aussi exceptionnelle qu'inattendue, est intervenue bien tard.
Après l'échec du projet ECM en 1981, j'avais entrepris une étude approfondie et quasi monacale du langage du jazz, pensant à tort ou à raison que c'était la seule façon pour moi de survivre dans le monde de la musique. Le travail commençait à porter ses fruits, comme en témoigne l'album Hauts Plateaux, sorti en 1993. L'édition du corpus Noëtra prenait donc l'allure d'un immense flash-back, bienvenu mais douloureux. Le processus fut chaotique dans mon esprit. J'ai commis beaucoup d'erreurs. Une compilation des meilleurs morceaux de Noëtra, cinquante ans plus tard, pourrait en réparer certaines.
Les mutilations
La sauvegarde quasi totale du corpus de Noëtra a pris plusieurs années, de 1992 à 2011 pour être précis. Je ne savais pas par quel bout commencer... J'ai choisi la sécurité : un maximum de morceaux sur un seul CD. J'avais une préférence pour les morceaux les plus orchestrés, dans lesquels on entendait davantage le travail du compositeur que celui du guitariste. Malheureusement, la liste des morceaux dépassait de quatre minutes la capacité du CD. Au lieu d'en supprimer un de la liste, j'ai décidé de supprimer le final de Printemps noir, ce qui a également permis de gommer un problème de justesse dans la partie de hautbois.
Deuxième mutilation.
Lors de mon entretien avec Manfred Eicher, en juin 1980, nous avions écouté ensemble la bande démo que le groupe avait préparée à la hâte à sa demande, juste pour le rendez-vous. Sur la bande, le morceau Noëtra figurait en quatrième position. Son avis sur le morceau, « strong piece, very good piece… The end, I'm not sure », résonne encore en moi. En intégrant le morceau dans le CD, me remémorant cette remarque, j'ai tout simplement coupé la fin. Le CD Neuf songes est sorti en juin 1992. Le titre de l'album fait d'ailleurs directement référence à Manfred Eicher, qui avait beaucoup aimé le morceau.
Définitivement bleus..., le deuxième album de Noëtra, sorti en 2000, fut dicté par la nostalgie. Nostalgie, et parfois rage d'avoir évincé, dans le premier CD, quelques-uns de mes meilleurs morceaux pour masquer le niveau technique de ma guitare. Il est plus difficile de percevoir la cohérence entre le premier et le deuxième CD, sortis à huit ans d'intervalle, alors qu'il s'agit du même continuum. Ce sentiment est renforcé par le fait que la numérisation de 1992 privilégiait une réverbération pastorale, tandis que celle de 2000 mettait en avant la guitare avec une réverbération plus rock ! Lorsqu'il a fallu choisir les morceaux et leur séquençage pour compiler les deux CD contenant la musique enregistrée dans la grange, j'ai très vite remarqué que j'avais instinctivement respecté leur ordre chronologique…
Avec, en prime un retirage du négatif original de la photo de François Lapouge, c’est bien l'idée d'unité de lieu, et donc de temps, qui me paraît être l'idée force présidant à l'élaboration de la compilation. elle lui donne sa légitimité première : privilégier le continuum des enregistrements réparés de Noëtra, réalisés dans la grange de Creyssensac, entre 1979 et 1981.
Notes on Noëtra in the Barn (2):
As I delved back into the band’s audio archives, I realized that very little of their music had actually gone unreleased.
In 1992, a progressive rock enthusiast who had acquired a Noëtra cassette through a series of incredible twists and turns contacted the Muséa record label, which was then headed by Bernard Gueffier. After listening to the cassette, Muséa decided to release the band’s work. At the time, Gueffier's brilliant idea was to respect the artists' wishes and intentions as much as possible. After lengthy discussions, the work proceeded according to my precise instructions. Unfortunately, this release, as exceptional as it was unexpected, came much too late.
Following the failure of the ECM project in 1981, I began an in-depth, almost monastic study of jazz, believing—rightly or wrongly—that it was my only chance to survive in the music industry. This work began to bear fruit, as evidenced by the 1993 album Hauts Plateaux. Editing the Noëtra corpus thus took on the form of a massive flashback—welcome, yet painful. The process was chaotic in my mind. I made many mistakes. A compilation of Noëtra's best tracks fifty years later might correct some of those mistakes.
The nearly complete preservation of the Noëtra collection took several years—from 1992 to 2011, to be precise. I didn’t know where to start, so I played it safe and put as many tracks as possible on a single CD. I preferred the more orchestrated pieces, in which the composer’s work was more evident than that of the guitarist. Unfortunately, the track list exceeded the CD’s capacity by four minutes. Rather than removing a track, I cut the finale of Printemps noir, which also allowed me to fix an intonation issue in the oboe part.
Second cut.
During my meeting with Manfred Eicher in June 1980, we listened to the demo tape that the band had hastily prepared for the meeting. On the tape, the track "Noëtra" was in fourth position. His opinion of the track—"strong piece, very good piece... The ending, though, I'm not sure"—still resonates with me. Recalling that remark, when I included the track on the CD, I simply cut off the end. The CD Neuf songes was released in June 1992. Incidentally, the album title refers directly to Eicher, who had really liked the track.
Définitivement bleus..., Noëtra's second album, released in 2000, was driven by nostalgia. Nostalgia and, at times, frustration at having omitted some of my best tracks from the first CD to hide my guitar-playing skills. The coherence between the first and second CDs is harder to perceive, even though they’re part of the same continuum, since they were released eight years apart. This feeling is reinforced by the fact that the 1992 recording favored a pastoral reverb, while the 2000 version highlighted the guitar with a more rock-oriented reverb. When choosing the tracks and sequencing for the two CDs containing music recorded in the barn, I realized I had instinctively followed chronological order.
The added reprint of François Lapouge’s original negative emphasizes the unity of place and time, which I see as the driving force behind the compilation. This gives the compilation its primary legitimacy by prioritizing the continuum of Noëtra’s restored recordings made in the Creyssensac barn between 1979 and 1981.
Notre nouveau disque, Le voyage d'hiver, vient tout juste de sortir des presses. Il a été enregistré début mai, au studio Ouïe-Dire, à Limoges, c'est à dire hier. L'équipe : les Lapouge, père et fils. La recette ? Morceaux nouveaux, morceaux anciens joués en réduction, une de mes disciplines favorites et un standard intemporel de Chick Corea.
Le visuel : une huile de mon frère François Lapouge représentant un paysage d'Allemagne du nord, photographié lors d'un de ses nombreux voyages dans cette région. Je n'ai pas pu m'empêcher de reprendre le titre de son tableau, lui-même déjà emprunté...
Our new album, Le voyage d'hiver, has just been released. It was recorded in early May at the Ouïe-Dire studio in Limoges, which was yesterday. The lineup: the Lapouge's , father and son. The recipe? New songs, old songs played in reduced form, one of my favorite disciplines, and a timeless standard by Chick Corea. The artwork is an oil painting by my brother François Lapouge depicting a landscape in northern Germany, photographed during one of his many trips to the region. I couldn't resist using the title of his painting, which itself was already borrowed...
Jean Lapouge : guitare, programmation, compositions
Nicolas Lapouge : basse
Enregistré en mai 2025, studio Ouï-Dire, Limoges
Prise de son, mixage : Dominique Boos
Couverture (Le voyage d’hiver, 2020, huile sur toile, 100 x 100 cm, détail) : François Lapouge
Graphisme et production : Jean Lapouge
www.jeanlapouge.bandcamp.com
Pile au moment où nous commencions, Nicolas et moi, à déchiffrer deux nouveaux morceaux pour notre prochain CD, je reçus deux coups de téléphone d'amis proches. Le premier de Benoît (Maury) me demandant si nous étions prêts et intéressés d'être filmés dans un endroit de notre choix, afin de tester son nouveau matériel vidéo. Le second d'Alain (Martin) me demandant si nous étions prêts et intéressés d'être enregistrés dans une chapelle de la région, afin de tester son nouveau matériel d'enregistrement, une immense perche à trois têtes, utilisée dans le monde du classique... Evidemment, ils étaient de mèche. Nous avons dit banco : voici le résultat.
Just as Nicolas and I were starting to work on two new tracks for our next CD, I received two phone calls from close friends. The first was from Benoît (Maury) asking if we'd be willing and interested to be filmed at a location of our choice to test his new video equipment. The second was from Alain (Martin) asking if we'd be willing and interested to be recorded in a local chapel to test his new recording equipment, a huge three-headed boom used in the world of classical music... They were obviously in cahoots. We said "banco": here's the result.
Chapelle d'Ajat (suite)...
Après une vive discussion comprenant les termes de : plan de coupe, champ-contre champ, rushes, zoom avant-arrière, lumière, notre staff technique (Alain et Benoît) a finalement décidé que la seconde et dernière vidéo de la journée, tournée dans la chapelle d'Ajat, était montrable. Nous les musiciens, avions déjà accepté la partie musicale : la première et seule prise de notre morceau Autokrat.
Chapelle d'Ajat (continued)...
After a lively discussion about cutaway, field-contra-field, rushes, zoom in and out, light, our technical staff (Alain and Benoît) finally decided to show the second and last video of the day, shot in the chapel of Ajat. We, the musicians, had already accepted the musical part of it, the first and only take of our piece Autokrat.